Le mystère des sœurs Dariel

C’est un mystère qui concerne les occupants de la Bourdaisie lors du premier recensement nominatif de la population disponible, celui de 1836.

On y lit le nom de Marie DARIEL, 37 ans, vivant avec Marguerite HATTAIS, donc née autour de 1799 (sauf imprécision du recensement, ce qui arrive assez souvent).

Donc, hop, consultons le registre des naissances pour l’an 7 de la république (1799), on trouve bien Marie DARIEL née le 30 nivôse de l’an 7 (naissance déclarée le jour suivant) à la Bourdaisie, fille d’Anne DARIEL 45 ans (attention, à cette époque « Anne » est prénom majoritairement – mais pas uniquement, oh jeez… – masculin) et Marie HATAIS 41 ans (un seul T, mais l’orthographe varie pour tous les noms au fil des registres, y compris les noms de villages), tous deux de la Bourdaisie.

Bon, on est bien alors, non ? Les noms sont cohérents, vu qu’il y a un lien de famille, le lieu, tout baigne.

Mais mais mais… en continuant le registre, le 5 germinal de l’an 7 toujours (un peu plus de deux mois plus tard), on tombe sur la naissance d’Anne DARIEL à la Bourdaisie. Dont les parents sont Anne DARIEL (42 ans) et Marie HATAIS (40 ans) de la Bourdaisie. Pas les mêmes témoins par contre, mais le père a comparu dans les 2 cas. Et oui, au fait, Anne DARIEL est la fille de monsieur Anne DARIEL…

Deux couples Anne DARIEL/Marie HATAIS, la même année à la Bourdaisie, avec des âges proches, et donnant naissance à deux filles à 2 mois d’écart… Sachant qu’en 1836, il n’y a que 7 habitants à la Bourdaisie.

Bref, un souci et pas de piste concrète pour débloquer.

D’autant plus que le recensement de 1851 ajoute à la confusion : Marguerite LANCELOT y habite avec Marie DARIEL, en qualité de « nièce ».

So what ?

Anne DARIEL a épousé Joseph LANCELOT en 1828 et Marguerite est bien une de leurs enfants. Ce qui cadre avec « Anne et Marie DARIEL sont sœurs ». Damn’ it !

Les autres actes sont cohérents avec cette date de 1799, que ce soit côté Marie ou Anne (elles sont toutes les deux recensées comme ayant 37 ans en 1836, dans des villages distincts).

Je n’ai que quelques hypothèses, fragiles et peu étayées, pour expliquer ce mystère et je n’ai pas d’élément pour trancher, donc je m’en abstiendrai. J’ai également peu de pistes envisageables à ce stade. La galère quoi !

  1. pas les mêmes parents : il y aurait deux couples DARIEL/HATAIS d’âges proches à la Bourdaisie en 1799. Mouais. Même si j’ai déjà confondu à 5 ans près un couple Louis AUBAUD/Jeanne AUBAUD avec un autre … (avec Jeanne AUBAUD d’un couple probablement soeur de Louis AUBAUD de l’autre).
  2. une autre Marie ou une autre Anne. L’une des deux – ou les deux – serait née un an avant ou après. Hélas, aucune trace dans les registres de 1795 à 1802 (naissances ou décès).
  3. une erreur de registre. C’est un peu le Deus ex machina : il y a énormément d’erreurs dans les registres, on est dans les premières années de la République, en milieu rural et on parle d’un minuscule village au bout du monde. Le registre de l’an 7 est d’ailleurs assez symptomatique, on trouve quantité d’actes regroupés sur un petit nombre de jours (2 naissances le 30 vendémiaire, 2 le 11 brumaire, 2 le 5 frimaire, 2 le 24 nivôse, 3 le 1er pluviôse, 2 le 4 pluviôse, 4 le 5 pluviôse… et la liste continue). Et toutes les naissances – à 3 exceptions – sont consignées comme étant « d’hier ». Dans ce cas, les naissances auraient été consignées à distance de l’événement réel. Mais quelle distance ?
  4. des jumelles ? Evidemment, il faut qu’on reste dans le cadre de l’erreur de registre, habituellement les jumelles ne naissent pas à plus d’un jour d’écart…

Trop de données penchent en faveur d’une naissance en 1799, des mêmes parents, pour ne pas considérer cette hypothèse comme la plus plausible.

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